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Snobismes

Snobisme et Banlieue

un cadavre exquis...

lundi 24 mars 2008, par Anton Moonen

Snobismes ! Le rendez-vous des snobs du web !


Bientôt, je vais quitter mon « logement bourgeois Front de Seine du XVIè » comme il est présenté par mon agence de location, et m’établir dans un immeuble ouvrier.

Suis-je en passe de devenir bobo ? Non, certainement pas ! Je vous rappelle que le « bobo » cache un « bourgeois » aussi. Par ailleurs, mon passage dans cet arrondissement a plutôt intensifié mon penchant anarchiste et exténué toute envie d’embourgeoisement. Puis, Dieu soit loué, il n’est génétiquement pas concevable que je sois bourgeois, puisque ma mère était de descendance aristocratique et mon père d’un milieu ouvrier. C’est probablement une des raisons pour laquelle je m’adapte si facilement, que ce soit à un taudis sur l’Île Saint-Louis ou à une mansarde munichoise avec une baronne autrichienne comme voisine de palier.

Bref, mon séjour dans le XVIè vient de me confirmer que la bourgeoisie n’est pas ma tasse de thé. J’aime trop les extrêmes pour ça. Franchement, qui aime ressembler au type le plus répandu ? Certes, le bourgeois peut être au-dessus de la normalité aussi, mais s’il la dépasse, c’est souvent dans la médiocrité. Et s’il est snob, c’est d’un snobisme conservateur. Qu’il soit petit ou grand, le bourgeois aime l’ordre établi et la sécurité comme il s’aime lui-même.

Rien ne me semble plus effrayant que d’appartenir à une classe « moyenne ». Vous vous en doutez bien. D’abord, on est additionné à une quantité de personnes qui nous ont jamais été présentées, pour ensuite être divisé par ce même nombre d’inconnus pour terminer en un pourcentage, qui servira d’étude ou d’information à des commerçants ou à une quelconque prévision politique. Ainsi, afin d’éviter le risque de disparaître dans la morosité écrasante d’une majorité, je refuse de participer à des sondages et à des enquêtes. C’est une autre petite gloire dont je me passe volontairement.

Soit ! Je déménage. En banlieue.

Et bien oui, il paraît que seulement les provinciaux sont obstinés à vivre intra-muros. J’ai déjà mis la main sur la même tapissière que Beatrix de Hollande. Pour les rideaux. Car dans mon futur environnement délicieusement ouvrier, n’étant plus face à la Seine, j’aurais du vis-à-vis. Tout le monde me dit que je vais la regretter. Mais ce que tout le monde semble oublier, c’est que je suis néerlandais, né dans une chambre avec vue sur étangs et canaux creusés au milieu du XVII, donc relativement blasé quant au charme d’un paysage aquatique. Au demeurant, les rives devant mon séjour actuel accueillent « en moyenne », selon mes propres statistiques tenues depuis mon arrivée, 1,2 cadavre annuellement. Les morts ne s’opposent pas à être divisé.

Imaginez, vous êtes élégamment en train de discuter le bout de gras avec la rédactrice « Kultur » du Vogue Allemand. Et soudainement vous êtes interrompu par l’arrivée de trois ambulances munies de sirènes, neuf cars de police (avec contenu) et le va-et-vient constant d’une demi-douzaine de petits bateaux en plastique noir (très « Playmobil ») navigués par des pompiers affolés. Heureusement c’était un entretien téléphonique, car avouez, un tel spectacle n’est pas très « Vogue ». Ensuite, généralement, après que leur curiosité plébéienne ait été satisfaite, les automobilistes deviennent nerveux et se mettent à klaxonner. N’ai-je pas besoin de vous expliquer combien ce désordre sous mon bow-window m’est perturbant ? Dans un cadre qui se veut « standing » c’est totalement inadmissible, vous ne trouvez pas ?

Ce jour-là, la noyée était une ancienne égérie d’Yves Saint-Laurent. J’ai, évidemment, immédiatement après que le calme était revenu, rappelé la rédactrice de Vogue, qui était fort impressionnée. « Vous êtes sûr que vous voulez vraiment déménager ? », me demande-t-elle, lorsque je lui annonce mon désir d’aménager un quartier populaire. Je la rassure.

M’appuyant sur mes propres statistiques, il est improbable qu’un nouveau cadavre chic se fasse jeter sur le quai Louis Blériot aussitôt.

Singulièrement vôtre,

Anton Moonen

Voir en ligne : Snoblissime


P.-S.

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