
SNOBISMES ! Le rendez vous bi-mensuel des snobs du web... de et avec Anton Moonen...
Après de longues réflexions, le verdict est tombé : la grève, non seulement la version « perlée », est snob.
Explications :
À l’origine, une grève était un terrain plat, situé au bord d’une mer ou d’un cours d’eau. Ainsi, « faire grève » ou « être en grève » était se tenir sur la place de Grève (à l’emplacement de l’actuel hôtel de ville de Paris) « en attendant de l’ouvrage ». Par ailleurs, sur cette même place avaient lieu les exécutions capitales, de 1310 jusqu’à la Révolution, ce qui ne manque pas de charme. Mais vous pouvez aussi vous tenir aisément sur les grèves de la Gironde ou celles de la Loire (ou y organiser un pique-nique mondain) et prétendre que vous « faites grève ».
Impossible de nier, que le refus et la cessation volontaires du travail, l’inactivité donc, possèdent des valeurs aristocratiques. Cela peut être le résultat d’une fatigue par exemple : après tout, celle-ci est peut-être due à la débauche ou à une dégénérescence (fin de race). L’ennui est tout aussi distingué : n’est-ce pas l’élite qui en souffre généralement plus que le prolétariat ? N’est-il pas vrai qu’une grève « surprise » fait toujours son petit effet ? Quant à la paresse et la révolte, comme la désobéissance et l’insoumission, elles figurent également parmi les privilèges de la noblesse.
Malgré les atavismes collectivistes (il est, bien entendu, bien plus raffiné que vous soyez le seul gréviste) de la classe laborieuse, celle-ci peut être encore bien plus snob et hiérarchique que les aristocrates et les nouveaux riches. Les travailleurs diplômés méprisent ceux qui n’ont en pas ; les éboueurs des beaux quartiers de la capitale dédaignent leurs collègues dans les zones périphériques ; les conducteurs de TGV snobent ceux des trams et des métros.
Le droit à la grève est comme le droit au snobisme.
Selon le psychologue américain Abraham Maslow, notre « besoin » de snobisme, est, au fond, un « besoin de se faire respecter », qui est un besoin très humain, un besoin d’affirmer son existence par l’acquisition d’avantages matériels ou moraux. Et c’est là où la participation à une grève ne va pas dans le sens du snobisme, car montrer que l’on est dans le besoin nous rend « inférieur » et « non respectable ». Ne pas être respecté, à la bonne heure, car être détesté, comme le mauvais goût, est un privilège noble. Vous pouvez donc très élégamment participer, même à une grève « sauvage », mais n’y montrez pas trop votre infériorité. Evitez donc l’excitation, car elle tue une réputation snob.
Ce conseil s’adresse aussi aux voyageurs : prenez un air blasé de citoyen soviétique et gardez votre sang-froid. Sinon, renoncez simplement aux sorties et invitations.
Ou encore, le comble du chic en temps de grèves : envoyez-y vos gens.

Singulièrement vôtre,
Anton Moonen
Voir en ligne : Snoblissime