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Villégiatures snobs

Mon conseil : restez chez vous !

vendredi 13 juillet 2007, par Anton Moonen

SNOBISMES ! Le rendez vous bi-mensuel des snobs du web... de et avec Anton Moonen...


Les vacances arrivent ! Nous les avons bien méritées, même si certaines autorités prétendent que nous pouvions produire davantage. Pauvre de moi, qui croyais que nous étions définitivement à l’abri du stakhanovisme, depuis que le monde communiste s’était écroulé.

Encore une chance que la naïveté soit un luxe !

Les vacances engendrent de l’excitation, et les voyages suscitent du stress. Même autrefois, lorsque sillonner le monde était encore un snobisme, un privilège de l’élite, il était difficile de demeurer blasé. Mais depuis la révolution industrielle, le voyage n’est plus un luxe. Au contraire : il nous donne l’air et l’impression de participer à une excursion collective en bus !

Puis inversement à ce que nous fait croire le service marketing de la RATP, prendre les transports en commun, ne ressemblera jamais à « prendre sa deuxième voiture ». Tout est devenu si « accessible » alors que les bouchons se sont multipliés par cent ! Même les voyages en troïka (avec couverture en zibeline) ont maintenant un goût « nouveau riche russe » !

Aujourd’hui, la 1ère classe, même la 1ère classe supérieure, ressemble à la classe « touriste ». Vous vous doutez que ce mot n’est pas à sa place dans un vocabulaire snob. Le mot « voyageur », voir « grand voyageur », est en effet plus seyant. Car un touriste sait où il va, et pour combien de temps, tandis qu’un voyageur ne le sait pas.

La présence de certains visages suffit à créer une mode. Paris Hilton, une princesse batave ou un toréador prometteur : tout un monde peut faire l’affaire. Toujours est-il que ce sont surtout les snobs intellectuels qui sont doués pour découvrir des lieux de vacances, comme jadis les îles Baléares, Majorque, Ibiza, Ischia et autres îles grecques. Les premiers à se joindre à eux étaient des snobs plus extravertis. Puis, trois, quatre années après arrivaient les touristes. Pour s’y installer définitivement. Une nouvelle preuve que le snobisme est essentiel pour notre économie. Ce processus continue inlassablement parce qu’on cherche tous un endroit inconnu, une île perdue dans la mer des Caraïbes ou la Méditerranée, où se divertir en toute tranquillité.

Soit ! Mais où faut-il aller ?

Pour commencer il y a des endroits que vous ne vantez pas, mais que vous êtes supposés connaître : Londres, New York, Berlin, Vienne ou Monte-Carle par exemple. Leur snob-appeal est indémodable. Ce qui est essentiel, c’est d’y avoir été.

Quant à Miami, Saint-Tropez, Marrakech, Las Vegas ou Barcelone, il ne faut pas se poser la question, que doit-on voir sur place ; mais combien serons-nous et qui n’en est pas ! L’absence de vols charters est un excellent signe. Ainsi, on évite Venise et Cannes au moment des festivals ! Il y reste quelques palaces qui ont pu résister au déclin, encore faut-il que la direction vous libère l’étage noble, et qu’elle cache le reste de sa clientèle sous les combles ou dans les dépendances.

Il fut un temps où il était très snob de supporter quelque carence en confort et en prestation. Mais, malheureusement, passer ses congés derrière le rideau de fer n’est plus possible. Cuba ? Inutile d’aller aussi loin : l’inconfort et le manque de service se sont généralisés depuis.

Mon conseil : restez chez vous ! Sinon, consultez votre Hermès et les adresses de vos victoires mondaines, possédant une demeure dans un emplacement apaisant. Françoise Sagan écrivait que « l’idée d’aller quelque part passer le week-end » satisfaisait chez elle « un certain snobisme de mots ».

Pour augmenter le snob-appeal d’une fin de semaine chez l’habitant, il suffit d’ajouter le nom de ce dernier. Car celui-ci, contrairement à l’endroit, doit être connu bien sûr. Si vous y allez lorsque le propriétaire est absent (ce qui peut être recommandable considérant la vie que mènent certaines célébrités), n’omettez pas de lui réclamer un minimum de personnel. Ce sont les vacances après tout !

Singulièrement vôtre,

Anton Moonen

Voir en ligne : Snoblissime


P.-S.

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