
Snobismes
"il trionfo della sofisticata antimondinità di snob"
vendredi 8 juin 2007, par Anton Moonen
SNOBISMES ! Le rendez vous bi-mensuel des snobs du web... de et avec Anton Moonen...
Cette année, afin d’échapper à la nervosité que cette date fatidique génère, j’ai passé mon week-end de la Pentecôte, accessoirement aussi celui de mon anniversaire, dans la ville éternelle.
Non, je n’étais pas convoqué à une audience papale. Bien plus snob : j’y étais invité par mon éditeur italien. En effet, il paraît que mon Manuale dello Snob y figure parmi les best-sellers. Il paraît même que la première édition s’est déjà épuisée après quelques semaines. Ce qui n’est pas si étonnant, puisque les Italiens, eux, n’éprouvent pas le besoin de masquer leurs snobismes.
Selon les critères français, ce sont les femmes qui sont principalement coquettes : elles cherchent avant tout à plaire et à conforter leur amour-propre. La coquetterie, que Marivaux appelle « l’esprit que la vanité de plaire nous donne », constitue le modèle même de la féminité, fond de commerce d’une quantité de magazines.
Mais en Italie, la séduction sans consommation est masculine aussi ! Et, en conséquence, c’est bien plus sain ! Chaque psychanalyste sait de quoi les frustrations et les inhibitions peuvent être capables !
Je sais, pour un snob, le succès est une chose plutôt vulgaire. Ce n’est pas « gentleman » du tout ! Etre à la quête de publicité est un des crimes le plus malsains qui soit ! Cela paraît bizarre, et c’est pourtant très logique : puisque le vrai snob est une personne de condition supérieure à la moyenne, il a donc forcément des manières de raisonner et d’agir différentes de la majorité. Ce qui me semble vraiment contradictoire, c’est que le snobisme soit pourtant depuis toujours un des arguments clés de la publicité. Comme les « royal warrants » en Angleterre ou autres monarchies ou encore Tiffany’s qui se vantait d’avoir acquit une grande partie de la joaillerie royale française.
Or, de nos jours, les professionnels et créatifs du marketing, cherchent toujours à réveiller notre snob-appeal. Même si cela se fait à travers le couple le plus ringard de France. Mais bon, à l’instar de Johnny et Laetitia, il faut bien que je paie mon loyer aussi !
Bref, me voilà à Rome.
La présentatrice du JT de la RAI Uno, d’une beauté à la Monica Vitti (à ses débuts) à faire trembloter Claire Chazal et Béatrice Schönberg, m’attendait déjà de pied ferme. Tout comme une horde d’animateurs de radios berlusconiennes. Il fallait bien besogner un peu, avant que les festivités pour célébrer, selon La Cronica di Roma du lendemain matin, « il trionfo della sofisticata antimondinità di snob », puissent commencer.
Quant à l’hôtesse de la soirée, c’était une nièce de Tomasi di Lampedusa, l’auteur du Guépard. La classe, ça ne s’invente pas !
Elle avait préparé, elle-même, un blanc-manger à vous faire croire au bon dieu, et comme dessert une gelatina di arance e cassata casalinga. Voilà, le véritable snobisme culinaire : le fait maison par une princesse ! Le caviar, les langoustes, les truffes, les Hédiard et Fauchon sont outrepassés ! Bien entendu, il y avait un majordome. Et évidemment, c’était lui le plus snob de toute la jet-set romaine et milanaise présentes !
J’ai passé un anniversaire mémorable. Aussi un peu grâce à cette Nadine de Rothschild locale (si je peux me permettre cette comparaison puisque la comtesse italienne en question appartient à une famille dont la noblesse remonte au IX siècle, donc bien plus crédible que celle des Rothschild), qui, dans un article publié dans La Reppublica, m’avait surnommé « un ayatollah dello snobismo ».
On ne peut pas vraiment appeler cela de la publicité, vous ne trouvez pas ?
Pourtant, je le considère sincèrement comme le meilleur compliment jamais reçu. Moi aussi, je sais être coquet…

Singulièrement vôtre,
Anton Moonen
Voir en ligne : Snoblissime
SNOBISMES ! Le rendez vous bi-mensuel des snobs du web... de et avec Anton Moonen...