Luxe-Publishing - Decadent, Chic & Cool

Accueil du site > Snobismes > Snobisme culinaire (1)

Snobismes

Snobisme culinaire (1)

La pêche au snobisme

vendredi 13 avril 2007, par Anton Moonen

SNOBISMES ! Le rendez vous bi-mensuel des snobs du web... de et avec Anton Moonen...


Récemment une journaliste de Canal + me demandait lequel, parmi les aspirants au titre de président, possédait le plus de snob-appeal.

Et bien, figurez-vous, je n’en trouvais aucun !

Lorsque la charmante présentatrice et son équipe très soignée avaient quitté mon salon, l’inquiétude face à ce constat m’a fait sombrer dans un spleen pesant et s’effondrer, très symboliquement, sur une malle Louis Vuitton qui traînait dans le hall.

Avouez que c’est déplorable !

Sarkozy est bien trop nerveux ; tous ces tics, puis ce mélange d’ambition et de mélancolie patriotique. Sans omettre sa taille. Le tout ne fait qu’inspirer au pathétisme. Madame Royal est bien trop maternelle. Selon mes théories et recherches, une vraie lady déteste les enfants. En outre, elle s’habille en Hermès, sinon, rien du tout ! Non, elle n’est pas assez impitoyable et désintéressée pour être une femme fatale. Bayrou ? Se faire interviewer en conduisant un tracteur ? On n’est pas aux Etats-Unis quand même ! Vouloir plaire à tout le monde ? Vous vous en doutez, ce n’est pas ça, le snob-appeal ! Le Pen ? Vous me voyez donner des cours à des skinheads en âge de la retraite ?!

Le meilleur endroit pour évincer ces moments de déprime est la cuisine. Tu es ce que tu manges, prétend le dicton. Sous-entendu, la consommation de truffes et de caviar (ingrédients possédant traditionnellement une quantité de snob-appeal) est réservée au snob.

Mais est-ce que cela veut dire qu’on acquiert ainsi, en dégustant quelques délicatesses et friandises, soi-même du snob-appeal ?

Nuance !

Ce n’est pas pour avoir lu nombre de magazines érotiques, que l’on devient sexy ; comme le passeport monégasque ne nous transforme pas forcément en prince ou en princesse. Puis il est un fait : être exposé à tant de publicité, c’est néfaste pour le snob ! Souvenez-vous d’une de mes premières leçons : de nos jours, l’anonymat et l’incognito sont aussi snobs que la célébrité ou une vitrine sur la place Vendôme !

Avant de me mettre aux fourneaux, un petit drink me semblait bien mérité.

Voyons. J’ai songé à un Royal Fizz ( une cuillère de sucre, un peu d’angostura, le jus d’un demi citron, un verre de gin (dry), un œuf ; agitez et complétez avec de l’eau de Selz). Mais après mes réflexions au sujet de Ségolène, je n’ai pas jugé cela de bon ton, alors je me suis contenté d’un Black Russian (1/3 de liqueur de café, 2/3 de vodka), mon compagnon préféré des moments difficiles.

Rêvant ainsi à la société moderne, j’imaginais le repas de victoire du 6 mai pour chacun des prétendants. Avec du snob-appeal, évidemment !

Les suggestions du chef pour l’Infante : un potage à la reine, un tournedos à l’impératrice, des médaillons de veau princesse ? Ou un Parmentier (la pomme de terre étant le symbole du peuple), au caviar bien sûr ! Ou une de ces nombreuses recettes anoblies de la mention ‘à la royale’ ?

A quelle sauce serons-nous mangés ? A la sauce hollandaise probablement !

En dessert, je propose quelques pêches à la sultane, en souvenir des anciennes colonies. Un peu conservateur, certes ! Mais après tout, en politique, à gauche comme à droite : tout n’est que vanité !

A propos, pour Monsieur Sarkozy, des escalopes façon Hôtel Gellért (un des palaces les plus connus de Budapest, bien qu’inconsidérément kitsch), ou encore, un steak des Balkans (tout de même plus chic qu’un banal goulasch !), une recette de pêches à la Hongroise étant introuvable (ce qui est toutefois une preuve de barbarie), les pêches Napoléon seront en dessert, un ersatz approprié !

Pour Monsieur Bayrou, je prévoyais également quelques name-dropping et références historiques. Chaque Dauphin en a besoin. Une poularde Henri IV ou une salade Louis XV (une recette aphrodisiaque selon Madame de Pompadour !) ? Terminons avec les pêches à la Condé, du prince du même nom, également connu sous le nom de Louis II de Bourbon. Par ailleurs, ce prince honore également deux plats aux haricots rouges et une crème de navets. Ca devrait lui plaire aussi !

Et Monsieur Le Pen, que pensera-t-il d’un fricandeau à la Jean-Bédel Bokassa ? Bien entendu, les pêches à la Bretonne s’imposent. Je ne pense pas qu’un diplomate à la crème soit convenable sur sa carte. La diplomatie n’est pas son fort (d’ailleurs le duc de Bedford lui donne raison en disant que, de nos jours, les diplomates ne sont plus que des coursiers, et donc totalement dépourvus de snob-appeal !).

Sinon, il y a les pêches Melba aussi. Car saviez-vous qu’elles devaient plutôt s’appeler ‘pêches Wagner’ ou ‘Pêches Lohengrin’, d’après la légende allemande ? Nelly Melba était une chanteuse à l’époque où Auguste Escoffier était le chef du Savoy à New York. La représentation de cet opéra avait tellement impressionné le grand chef, que lorsque la cantatrice lui demanda le nom de ce dessert délicieux auquel elle venait de goûter, il lui répondit : « Les pêches Melba, Madame ! » Il paraît qu’elle en mangea pendant trois semaines afin de promouvoir cette douceur, qui désormais porte son nom. La renommée vole et s’envole parfois. Quant aux pêches, elles sont toujours-là.

Selon Arthur Koestler, chaque être humain prend un plaisir à mordre dans une pêche juteuse. Mais si cette pêche provient du verger d’un comte qui est apparenté à la famille royale, le plaisir se manifestera davantage. Voilà, le péché dont on accuse le snobisme !

Le véritable snob adore pécher.

Mais il faut se méfier de la gourmandise et de la boulimie. L’obésité n’est plus dans nos critères charismatiques comme elle fut jadis. C’était un cauchemar pour les dandys. Barbey d’Aurevilly évoque même une énorme méduse qui étrangle la beauté. Pour Oscar Wilde, la corpulence n’était pas un problème esthétique. Un dîner n’était pour lui qu’un événement social, une corvée. Il adorait les dîners londoniens « où les gens intelligents n’écoutaient pas et les gens stupides ne parlent jamais. » Selon Wilde, pour pouvoir rentrer dans le cercle du beau monde, il faut soit nourrir les gens, soit les amuser, soit les choquer. J’ajouterais, qu’il faut aussi avoir une sacrée pêche ! Voilà, les secrets de la réussite !

Voir en ligne :

Toutes les recettes snobs spécial "Présidentielle"

Singulièrement vôtre,

Anton Moonen

Voir en ligne : Snoblissime



Popularité | Plan du site | Annuaire | Notice légale | Info site | Contact