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Sex & Snobismes (3)

"Tout ce que le libertinage inspire, l’est également par la nature" (Marquis de Sade)

vendredi 23 mars 2007, par Anton Moonen

SNOBISMES ! Le rendez vous bi-mensuel des snobs du web... de et avec Anton Moonen...


A l’heure du libertinage, les amants et les maîtresses, qu’ils soient anoblis depuis le Moyen-âge ou lors d’une faveur récente, qu’ils soient de la haute ou de l’aristocratie de province, tout ce monde se partage.

Madame de Motteville est chargée d’expliquer à l’épouse ignorante du Roi-Soleil, fille d’un pieux roi espagnol, que « tous les maris font ainsi semblant être infidèles, pour satisfaire la mode qui le veut ainsi. » Toutes les cours européennes, toujours friandes d’apprendre le développement des mœurs à Versailles, connaissaient déjà parfaitement les rivalités entre la duchesse de Vaujours et la marquise de Montespan, les deux principales maîtresses de son mari. Cette dernière assista même à plusieurs messes noires afin de faire disparaître sa concurrente, où des sorcières inventèrent des « poudres pour l’amour », faites de dents de taupe, d’ossements calcinés de crapaud, de prunes sèches, de poussières humaines, de sang de chauve-souris et de limaille de fer. Je vous l’accorde : c’est bien plus chic que le Viagra, certes, mais il faut préciser que ces philtres luxurieux empoisonnèrent plutôt son roi chéri que de l’exciter !

Tel père, tel fils : le fils de la Palatine et du duc d’Orléans organisait des « Fêtes d’Adam », où ses convives et ses nombreuses maîtresses, dansaient complètement nus et prenaient des poses lascives à la satisfaction générale.

Mais la débauche du Régent ne s’arrête pas là.

La plus débauchée que l’on pouvait rencontrer dans les bosquets versaillais pendant l’été 1722 était une certaine duchesse de Retz, qui ne pouvait pas s’endormir, sans avoir eu des rapports au moins huit fois dans la journée ! Pendant le règne de Louis XV, le plus célèbre palais du monde hébergeait la plus grande bibliothèque érotique du monde. Les œuvres étaient imprimées aux Pays-Bas, nation où la tolérance est toujours accompagnée d’un arrière-goût plutôt commerçant qu’avant-gardiste, mais c’étaient les aristocrates français eux-mêmes qui se chargeaient de la livraison. Ce qui était très logique, car les carrosses des nobles n’étaient pas fouillés.

Le marquis de Sade confirmait que rien n’était affreux en libertinage, « parce que tout ce que le libertinage inspire, l’est également par la nature. » Cependant, la lecture d’œuvres érotiques reste surtout réservé à la gente masculine. L’histoire raconte par exemple qu’une vieille tante des ducs de Guiche (de cette même famille de ‘sodomites distingués’) est chassée de la cour pour avoir donné des livres pornographiques à la sœur du roi.

Mais comme l’écrit Restif de La Bretonne dans Le Pornographe : « La dépravation suit le progrès des lumières. »

Nonobstant, il faut encore attendre des siècles avant que Playgirl soit en vente dans les kiosques. A la pauvre Marie-Antoinette on reprochait encore « d’avoir des mœurs que l’histoire reproche à plusieurs impératrices. » On dit même qu’elle avait une liaison secrète avec « une célèbre marchande de modes de la capitale. »

Pourtant, le duc de Guines disait à ses filles le jour de leur présentation à la cour : « Souvenez-vous que, dans ce pays-ci, les vices sont sans conséquences, mais qu’un ridicule tue ! » Selon Nicolas de Chamfort « Un amoureux est un homme qui veut être plus aimable qu’il ne peut ; et voilà pourquoi tous les amoureux sont ridicules. »

Puis il ajoute que l’amour n’est pas plus qu’un « échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes. » Comme pour les aristocrates chinois, pour qui l’acte sexuel n’était qu’une confrontation de yin et de yang. Signalons toutefois que certains palais impérieux avaient des harems de 40.000 femmes ! Napoléon nous avertit aussi : « Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas. » Par ailleurs, la nuance entre ridicule et excentrique peut paraître aussi fine qu’entre érotisme et pornographie. Mais rien n’est ridicule de la part d’un snob agréé !

Car de nos jours de globalisation, avoir une personnalité est un vrai luxe ! Que répond le ou la snob, lorsqu’on lui dit : « Je t’aime ! » Vraisemblablement : « Moi aussi, je m’aime ! ».

A propos, monsieur snob, est-il ‘slip’ ou plutôt ‘caleçon’ ? Madame portera-t-elle un string ? Est-ce snob de s’accoupler sur la peau d’une race animale, exténuée et éteinte depuis longtemps ? Ou dans un sac de couchage Louis Vuitton (ce n’est pas la peine de s’exciter : ils ne sont pas encore sur le marché) ? Ou encore, utiliser des préservatifs au goût des grands bordeaux (sagement rangés dans des petites boîtes en vieux chêne patiné) ? N’oublions pas la préface de The Book of Snobs de William Thackeray : « Il ne faut pas juger hâtivement ou vulgairement les snobs : si vous le faites, cela prouve que vous êtes un snob vous-même ! »

Au fond, le snobisme et la morale ne sont-ils pas souvent qu’une excuse pour monter sur ses grands chevaux et embêter son entourage ?

D’ailleurs, est-ce snob d’appeler son cheval favori après sa maîtresse du moment, comme le fit le roi Edouard VII ? Entre parenthèses, cette Alice Keppel était l’arrière-grand-mère d’une certaine Camilla Parker-Bowles ! Cette duchesse de Cornouailles, sans vouloir insinuer d’éventuelles ressemblances physiques, mais uniquement par sa passion pour l’équitation, a donc plus de snob- et de sex-appeal que feue la princesse de Galles ! Toutefois, Charles ne semble pas connaître la définition que donna l’auteur Louis Leonard Levinson à cette institution des seigneurs suffisamment importants pour assurer l’armement à cheval, la chevalerie : « délivrer de belles vierges des châteaux des autres pour les enfermer dans le sien. »

Jules Renard nous rappelle que « le seul animal dans lequel on puisse planter des clous » est le cheval ! Puis saviez-vous que jument vient du latin « jumentum » qui veut dire « bête d’attelage » Mais les goûts du snob peuvent dépasser le jumping ou une simple séance de bondage. Dans son manuel pour snobs, le duc de Bedford confirme que « tout ce qui touche aux chevaux est snob d’office ».

Y compris nettoyer soi-même ses propres écuries !

Singulièrement vôtre,

Anton Moonen

Voir en ligne : Snoblissime



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