
Snobismes
Le luxe qui coûte le moins cher
vendredi 9 mars 2007, par Anton Moonen
SNOBISMES ! Le rendez vous bi-mensuel des snobs du web... de et avec Anton Moonen...
N’écoutez donc pas Nadine de Rothschild qui prétend qu’une parfaite maîtresse de maison doit toujours avoir le sourire, même lorsqu’elle est frappée par un horrible mal de tête. La baronne est inhumaine !
La littérature érotique ne manque pas de snobs non plus.
Comme ce sous-préfet de Bucarest, personnage principal dans Les Onze Mille Verges d’Apollinaire (roman que Picasso considérait comme un chef-d’œuvre), qui se fit appeler prince, car il jugeait son véritable titre pas à la hauteur. Cela n’empêchait nullement le vice-consul de Serbie d’abuser sans cesse de lui !
D’ailleurs, au temps de la splendeur versaillaise, la sodomie était méditerranéenne. On l’appelait vice grec ou vice italien. Vers 1900 la presse française constate qu’il est allemand. Outre-Rhin on invente alors le mot uranisme, afin d’accentuer son côté céleste et « chaste », comme décrit dans le Don Carlos de Schiller, l’histoire d’amour entre un roi et un marquis. Ou encore dans Corydon (très snob car tiré uniquement à douze exemplaires !) de Gide, le « Goethe » des homosexuels, et qui se dit un « uraniste supérieur ».
Quant au masochisme, les gens de bonne société l’appelaient « vice anglais ». En effet, la flagellation connut un grand succès en Angleterre à la fin du XIXème siècle. En France, cette mode n’a eu que peu d’adeptes. Ici on préfère la flagellation intellectuelle.
Selon Saint-Simon, Paris était à l’époque « l’égout des voluptés d’Europe ». Tous les bâtards princiers européens y trouvaient refuge. Les pires débauchés étaient les enfants illégitimes du prince Léopold-Eberhard, surtout lorsque leur père organisa des mariages entre eux. Car comme le mulet, le bâtard était censé rester stérile. Mais ces enfants du crime pouvaient grimper dans l’échelle sociale, comme le cas de Guillaume le Conquérant, qui s’appelait à l’origine Guillaume le Bâtard. Le record semble appartenir à Auguste II de Saxe qui en avait 354 ! Mais aussi les maisons les plus distinguées d’Espagne sont bâtardes, nous révèle le duc, « et souvent plus d’une fois ».
Il est évident que les vrais princes et rois n’ont point besoin d’excuses !
« Un roi ne peut être cause d’un scandale ! », déclare le confesseur de Louis de Bavière. Il était de même à Versailles. Saint-Simon, faisant un descriptif détaillé de Philippe, duc d’Orléans, prétend que le frère du roi « était né ennuyé », et que de ce fait, il avait constamment besoin du « bruit de vivacité de la débauche » ! Henriëtte d’Angleterre, sa première femme, prit comme amant le comte de Guiche, un des nombreux mignons de son mari (dont le père avait également une réputation de « sodomite distingué »).
Les chroniqueurs prétendent que Philippe s’évanouit en apprenant la nouvelle. Et qu’ensuite, vexé, il se retira dans ses appartements afin de mettre de l’ordre dans sa collection époustouflante de boucles d’oreilles.
C’est sa deuxième épouse, la Palatine, qui semble avoir dépucelé son beau-frère Louis XIV. Sa belle-mère écrit : « Elle était bien au fait de la chose, car elle a mené une vie déréglée. » Un autre contemporain le confirme : « Elle mit un jour la main dans ses chausses, l’ayant trouvé seul à l‘écart dans le Louvre où, pour ainsi dire, elle le viola. »
Avec l’âge, sa libido se calma, car la princesse bavaroise écrit en 1696 : « Si l’on peut recouvrer sa virginité après n’avoir pas pendant dix-neuf ans couché avec son mari, pour sûr je suis redevenue vierge… » Le peuple lui fit une épitaphe peu flatteuse : « Ci-gît l’oisiveté, mère de tous les vices. »
Pourtant, rien n’est plus démocratique que la sieste : c’est probablement le luxe qui coûte le moins cher !

Singulièrement vôtre,
Anton Moonen
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